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Folk printanier #1 / Young Mothers


D'une pitié à s'en arracher l'œil, l'homme crache ses peines familiales dans l'ombre d'un génie plaintif. La voix vire parfois, mais la désinvolture grâce de sa guitare pourrie remonte les ondes à niveau. Family n'est pas le parfait exemple du folk printanier frais et de bonne humeur, mais ce titre est indispensable pour se persuader que, finalement, nous ne sommes pas autant dans la merde que nous croyons. Et c'est avec la plus cruelle des légèretés que l'on exprime ses peines.

Young Mother - Family

Neil Young ou le craquement pourri


Qui est Neil Young ? Tout le monde a déjà eu Heart Of Gold dans un coin de sa tête, l'a fredonné gaiement, l'a chanté, l'a aimé. Mais qui est ce putain de mec sacrément roots aux allures de cow boy sans cheval, paumé et mal coiffé ? Neil Young est pour moi celui qui m'a apprit à me servir d'une guitare folk. J'ai considéré savoir en jouer une fois Harvest passé sous mes doigts. 4 ème album du type, sorti en 1972; Harvest est un chef d'oeuvre qui transcende les genres. Un métalleux, un punk, un zombie une fourmi, le monde entier peut aimer ou a déjà succombé à Harvest. C'est droit, on ne s'embarrasse nullement avec des instruments exotiques, des mélodies nasillardes, on fonce lentement et simplement. Une batterie, une basse, mais surtout une guitare, et cette putain de voix.

Neil Young - Old Man
Neil Young - The Needle And The Damage Done

Playlist #4 // Passons l'hiver



Amis du lendemain paisible, ici s'agenouille la délicatesse étouffée d'un folk mielleux et minimaliste; entre l'hiver & l'automne, la lenteur & la fausse motivation. Une partie de l'Amérique nous suit en semant quelques petits pois entre deux épaves musicales : The Middle East. Une instrumentation minutieusement calibrée pour ne pas peser tout en restant présente, qui se glisse au fond de nos oreilles sans se faire remarquer; c'est de cette fusion que naît le talent de nos pêcheurs non-conformistes. Ce groupe Australien n'attend pas nos hochements de tête pour nous séduire couverts d'ondes simplistes & épurées.


De l'autre côté du monde, Will Stratton & sa voix chargée d'un charme délicieux nous envoûte avec 4 pistes épouvantables pour notre santé mentale. Habilement montées, entre guitare fourbe et choeurs péchés au fond des glaciers, l'ambiance se crée et nous enveloppe du début à la fin dans un tourbillon émotionnel atrophié.


Pascal Barbare croque et recrache sans aucune prétention un folk couvert de brume rappelant parfois un shoegaze patient & défoncé. Des guitares qui se fondent comme des violons en cage, une sensibilité hivernale dans la voix légèrement monotone de l'ami. On écoute et on se tait.



Quelques groupes à savourer au creux du petit feu, pour trouver le courage de passer l'hiver entre un café brûlant et des pieds congelés par un froid trop humide pour être apprécié. Des bercements de rêveries intemporelles, douces mélodies folk et finesse des accents, ton suave, habiles maniements de doigts sur guitares cabalistiques.

"Subterranean Homesick Blues"; on the road


Mars 1965, Dylan commence à s'enfoncer dans une éléctrifisation de ses neurones, son folk prend une légère tournure rock'n'roll, le son devient plus incisif. Une grande partie de ses petits lécheurs beatkniks sont furieux du changement radical qu'a prit Dylan. Fuck fuck, Dylan fait évoluer sa musique avec son esprit, ses contradictions, ses envies; les autres fanatiques pourront attendre.
 "Subterranean Homesick Blues" parle de tout, de rien, de vie, de mort; Ginsberg circule en fond, Boby fait défiler des pancartes, nous vivons quelque part. Les reprises de ce chef d'oeuvre de road song sont déplorables:  Celle des Red Hot est à gerber une montagne sur le cul d'une feuille (C'est vrai que c'est les Red Hot en même temps...) celle des Slumcats à se pendre avec deux ou trois cordes de gratte cisaillée; et même celle des Walkmen, qui forment un langoureux groupe de folk rock insolent est à s'enfoncer la tête dans le buisson. La reprise blues rock d'Harry Nilsson est plutôt sympa; mais pas de quoi s'allumer six pt.
On reste donc sur Dylan & simplement Dylan; sans sous entendu, on en mange du papier.

Bob Dylan - Subterranean Homesick Blues

The Chatham Singers; ou l'automne légèrement vintage avec un petit côté Flaubert


Billy Childish est un véritable champs de choux fleurs. Il cultive plusieurs domaines artistiques; voire tous. Il jette ses mains dans la littérature (40 recueils de poésie et 3 romans), la peinture (plus de 2500 tableaux) la gravure sur bois, la musique (plus d'une centaine d'albums sous différents pseudos). Né en 1959; il démultiplie sa vie et lance différents projets et mouvements artistiques libertaires, comme le mouvement littéraire des Medway Poets en 1979 qui rejoint le courant du Stuckisme fondé en 1999 par Billy & Charles Thompson, qui vous expliquera le concept plus clairement que moi : "Le stuckisme c’est revenir à des choses qui font que l’art vaut la peine qu’on s’y intéresse. Ce n’est pas des théories prétentieuses qui déclarent que telle chose est le travail d’un génie alors qu'il s'agit juste d'une nouveauté ou une astuce que n’importe qui aurait pu faire, comme exposer son lit". Les stuckistes sont donc purement et durement montés contre l'art pseudo conceptuel & l'art contemporain jugé léger & prétentieux, comme le Brit Art né en 1988 mené par une tripotée de capitalistes ingénieux! On pourrait aujourd'hui comparer leur cible à Damien Hirst et ses ridicules crânes incrustés de diamants & autres morves. Objectivement.

A part ça, Billy et sa moustache joliment touffue forment un vrai couple refusenik; c'est à dire qu'ils exploitent la forme libertaire à son extrême et toutes les idéologies qui vont avec. C'est avec sa femme, Julie, que Billy explore les contrées indiennes sous lourde influence punk et folk, décrassant furieusement cette énergie blues évocatrice; sous le doux nom de The Chatham Singers. Chatham est le nom de la ville où Billy est né, et singers... c'est parce qu'il nous murmure derrière sa délicieuse moustache les plaisirs de son enfance, la joyeuse solitude anglaise et le monde sous ses détours imprécis. Dans deux semaines, il aura sans doute fini ce cycle musical et commencera ses 156 toiles du mois avec une frénésie habituelle.

On parlera du parcours musical de notre cher Billy plus tard, sinon je ne mangerai jamais mes raviolis déjà trop cuits. Deux titres de Juju Claudius pour clore l'ascension.

 The Chatham Singers - The Son Of Art
 The Chatham Singers - Good Times