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Violent Femmes...


Qui, mieux que ce trio génial mené par Gordon Gano, pratiquait ce folk-punk sec et dénudé? Personne, et ce premier album de Violent Femmes, paru en 82 et réédité avec force démos et versions live, en est l'inégalable preuve. Trente-six titres imparables, à l'acoustique rude, à l'électricité indomptable, des démos à l'arrache et des lives de feu, bref un monument...

Thompson Rollets // 1986-1993

Avec les Real Cool Killers "from Clermont" (Ferrand bien sur...), auquel un dvd que je sais déjà riche et précieux sera bientôt consacré (ne le ratez pas!!) les Thompson Rollets, venus eux de Périgueux, ont droit à leur anthologie sous la forme de ces vingt-trois titres et autant de bombes entre hardcore mélodique à la Burning Heads, rock'n'roll direct et sans fioritures, parfois plus mélodique mais toujours "wild", et écarts stylistiques eux aussi franchement réussis comme cet essai bluesy concluant qui ferme la marche.
Entre l'album "Thompson Rollets, Brutal Deluxe", paru en 1991, et les quinze titres tirés de split EP's, compilations, démos ou encore des cd accompagnant le fanzine Rock Hardi, tout est là, rien n'est à jeter -est-il besoin de le préciser-, et pour 10 malheureux euros, vous avez la possibilité de vous offrir l'antidote idéal à la "britisherie ambiante" contre laquelle il sera bientôt nécessaire de se faire vacciner. L'aiguille est prête, l'infirmière riffe dur et le remède est jouissif et foutrement efficace...c'est parti!

Thompson Rollets - Can't define it

Thompson Rollets - Rollets blues (yeah yeah Thompson Rollets)

Gang of Four - toujours là ?


À l’occasion d’un festival indie au gibus, spécial papes ultra-branchés du rock, dans les caves violacées et fumantes, ambiance érotico-toxico-musicale, un retour sur une scène indé-punk était fortement conseillé.
Première étape de cette remise à jour, le groupe anglais le plus connu de la scène pas connue, traduisons « underground » pour faire pro: je vous le donne en mille, c’est Gang of Four (vous noterez au passage le subtil jeu de mots)
Quatre étudiants de Leeds, qui à l’époque n’avaient pas encore Facebook, et ne pouvaient pas encore faire partie du groupe de ceux qui adorent le CBGB ou être ami avec Tom Verlaine de Television.
Qu’importe, à l’époque on savait faire parler de soi sans faire chier tout son réseau social merdique. Alors évidemment, pour parler de Gang of Four, on parlera d’Entertainement ! Parce qu’il faut bien le dire, après ça, le groupe n’est qu’une succession de come-back plus ou moins ratés. Fin des années 70, les 4 autres garçons dans le vent posaient donc la pierre angulaire d’un rock-punk-funk, on-sait-pas-trop-où-le-mettre, qui se danse, et qui allait inspiré les futurs protégés du label domino (Franz Ferdinand, Arctic Monkeys, Bloc Party) ou même les RHCP ou autres Fugazi, et Sonic Youth. Une sorte de musique première intention, Gill fait de la guitare comme Bukowski écrit des lignes, c’est un joyeux bordel pourtant très carré. À ma droite, une Guitare funk à moitié (dés)accordée, son aigu, clair et grinçant. Presque autant que les paroles. C’est du vrai punk, la rage est là, les convictions. À ma gauche on rajoute une basse rondouillarde mise en exergue, ce fut ainsi que naquit le punk revendicatif de dancefloor, « et dieu vit que cela était bon. » Pour faire court: Aliénation (Damaged Goods), anti-amour (Anthrax), politique, colère - les textes regorgent de thèmes qui foutent les nerfs, font lever le poing en criant « mais putain mais qu’Est-ce que c’est là j’ai envie de péter un truc »
Single Punk (ça existe ça ???), Damaged Goods, est l’une des meilleures chansons que les années 70 nous aient pondues.
Dans cette noirceur très rouge, rouge de la jaquette (et je ne parle pas ici d’orientations sexuelles), les Vrais cocos du punk anglais, loin devant des Who lavés à l’Omo (et je ne parle toujours pas d’orientations sexuelles merde, la rigidité de vos mœurs vous monte à la tête), sont les porte paroles d’une génération qui a soif de gueulante, et de musique nouvelle.
Les Geezers sont des enfants de ce club qu’on appelle CBGB outre atlantique. À coup sûr c’était la bande son des ébats de Charles Windsor dans ses jeunes années, lors de ses fornications Under the consentement of the Queen (non non non et non, je ne parle pas d’orientations sexuelles, c‘est pas vrai ça). C’était l’époque où, pour faire comme le prince, les petites british non plus, n’avaient rien sous le kilt. Pendant ce temps là dans l’Albion, Les 4 potes turbulents eux, en avaient dans le froc
« Two steps forward, six steps back », si on était polémistes, on dirait qu’ils avaient raison, et que 40 ans plus tard, ça n’a pas vraiment changé.
Alors, par pitié, faites nous de la musique comme ça !! On en redemande !! Donnez nous enfin une vraie raison d’apprécier les caves punk branchées regorgeant de groupes branchés punk.

Nova Express Records // Kaiser Hunters For Royal Beavers


Label géré de main de maître par l’expérimenté et ingénieux Lucas Trouble, Nova Express Records, basé à Chagny, nous a déjà réjoui avec les albums de formations telles que Plastic Invaders, clermontois au rock’n’roll racé et furibard, ou encore les Franc-Comtois de Wayward Gentlewomen et leur rock réminiscent des Violent Femmes. Son catalogue est large et de qualité constante et Lucas Trouble a de plus la bonne idée de sortir ça et là des compilations présentant ses groupes, dont celle décrite en ces lignes, qui en dévoile quatre pour la bagatelle de vingt-trois titres. On est donc gâtés et là encore, de superbes découvertes nous sont réservées, à commencer par les clermontois de Gadwin, le gang des frères Rigaud, pour ensuite enchaîner avec The Marshmallow Dykes, de Paris, The Denyals, de Lille, et pour finir, les marseillais de Happy Family.
C’est donc Gadwin, auteur d’un superbe album ("NoObjEctiON") il y a déjà un moment, qui nous balance cinq titres d’un rock grungy, délibérément 90’s et qui par leur qualités éveillent chez l’auditeur une vive nostalgie de cette époque riche en groupes aux guitares torturées et aux productions délicieusement approximatives. Le trio montre, en plus de cela, une étonnante capacité à convaincre dans un registre plus nuancé (Against you), ou plus massif (Open), ou encore saccadé (Rose Red), les voix de Frank et Frédéric Rigaud, adroitement épaulés par la batterie d’ Alexandre Sawicki, contribuant incontestablement au pouvoir de séduction des Auvergnats, qui finissent sur un Behind bien positionné entre délicatesse acoustique et envolées mélodiques plus électrisées.
Excellente entrée en matière donc, que les Marshmallow Dykes se chargent de prolonger en proposant eux aussi cinq morceaux taillés dans leur «Tenebrae Rock'n'Rollae » comme ils se plaisent à le définir, de façon très juste, sur leur Myspace. C’est un Black Surf très Cramps qui ouvre le bal, surf comme son nom l’indique, et très convaincant. Leur répertoire se situe à la croisée du rockabilly et d'un psycho-punk, évoquant, c’est un atout supplémentaire, les Washington Dead Cats. Subtilité et attitude nettement plus « wild » font ici bon ménage et le quatuor encanaillé par la voix Murdock DK nous gratifie entre autres d’un Paris City Girls digne des pointures du genre, ou d’un Foxy Knoxy percutant, à la fois déviant et distingué, qui donne envie d’en entendre plus, sachant que la formation a sorti un album.

Seconde trouvaille notable donc, à laquelle succèdent les Denyals, dont je connais d’ores et déjà les aptitudes pour les voir vus en live, il y à peine un mois, dans un caf’conc’ de ma ville. Leur prestation avait été de belle facture, rock à souhait, sans fioritures superflues, et le trio drivé par les sympathiques Erreïp (ex-Waterguns) et No (ex-Clerks) ne se prive pas de confirmer les promesses affichées par ce concert. Inspiré et ne s’en tenant pas à un format figé, loin s’en faut, le rock de ces potes d’autres excellentes formations telles que Billy Gaz Station ou Jettators nous met en joie quel que soit le chemin emprunté. Et s’ils débutent avec un Suzy R à l’énergie punk bienvenue, riffant comme on l’aime, frontal et sans failles, les nordistes déploient un talent certains dans des sonorités plus apaisées (Dead Birds) bien que toujours vitriolées par ces guitares insubordonnées, renouant ensuite avec un rythme plus affirmé sur le valeureux The Same Old Song. Simple, bien ficelé, massif en certaines occasions (Down In The Sewer et son riff remarquable), le rock des Denyals fait mouche à chaque titre et si l’on est heureux d’en avoir ici huit à se mettre sous la dent, on n’en attend qu’avec plus d’impatience la sortie d’un premier long-jet. Impatience aiguisée par Memories, alerte, entre voix punky et guitares aussi fines que tranchantes, ou ce Who Killed the Idiot aux gimmicks presque funky, noyés dans le flux d’un rock vif, urgent, qui m’évoque brièvement Mark E.Smith et The Fall. La comparaison est bien évidemment à porter au crédit des lillois, lesquels nous livrent ensuite un I Want You lui aussi remuant, qui vient s’ajouter à la liste de leurs réussites, puis un Foretaste instrumental aux motifs géniaux.
Enfin, c’est aux phocéens de Happy Family que revient la tache de clôturer les festivités, et le groupe fondé par l’iranien Serge Fhontransmani se montre largement à la hauteur de ses prédécesseurs en nous offrant cinq morceaux oscillant entre grunge, garage, punk et acoustique suivie d’envolées noisy superbes (superbe U & I). Le groupe cite des influences multiples, et on se rend compte à l’écoute qu’il les a parfaitement assimilées. Leur Cum’ Down introductif, fonceur et semblable par son allant à certains titres des Denyals, allie mélodies et rudesse rock avec bonheur, puis Let the Boys évolue dans ce même domaine, attractif au vu de l’équilibre trouvé entre prétentions mélodiques et écarts plus rock, noisy, qui fleurent bon les 90’s. Arrive ensuite un Sides Of Men aux riffs secs, vivace et lui aussi immédiatement convaincant, doté d’une guitare volubile et captivante. Puis c’est Pay To Play, aux rythmes changeants, d’abord modéré puis plus vigoureux, qui ferme la marche avec brio.

Excellente compilation donc, le contraire eut été surprenant s’agissant d’une telle structure, généreuse et de haute qualité, qui suscite d’une part l’incoercible envie de découvrir plus en avant les groupes qui y figurent, et d’autre part de se plonger dans les productions Nova Express, dont je peux vous dire qu’elles satisferont à coup sur leurs auditeurs, qu’on espère nombreux.

The Chatham Singers; ou l'automne légèrement vintage avec un petit côté Flaubert


Billy Childish est un véritable champs de choux fleurs. Il cultive plusieurs domaines artistiques; voire tous. Il jette ses mains dans la littérature (40 recueils de poésie et 3 romans), la peinture (plus de 2500 tableaux) la gravure sur bois, la musique (plus d'une centaine d'albums sous différents pseudos). Né en 1959; il démultiplie sa vie et lance différents projets et mouvements artistiques libertaires, comme le mouvement littéraire des Medway Poets en 1979 qui rejoint le courant du Stuckisme fondé en 1999 par Billy & Charles Thompson, qui vous expliquera le concept plus clairement que moi : "Le stuckisme c’est revenir à des choses qui font que l’art vaut la peine qu’on s’y intéresse. Ce n’est pas des théories prétentieuses qui déclarent que telle chose est le travail d’un génie alors qu'il s'agit juste d'une nouveauté ou une astuce que n’importe qui aurait pu faire, comme exposer son lit". Les stuckistes sont donc purement et durement montés contre l'art pseudo conceptuel & l'art contemporain jugé léger & prétentieux, comme le Brit Art né en 1988 mené par une tripotée de capitalistes ingénieux! On pourrait aujourd'hui comparer leur cible à Damien Hirst et ses ridicules crânes incrustés de diamants & autres morves. Objectivement.

A part ça, Billy et sa moustache joliment touffue forment un vrai couple refusenik; c'est à dire qu'ils exploitent la forme libertaire à son extrême et toutes les idéologies qui vont avec. C'est avec sa femme, Julie, que Billy explore les contrées indiennes sous lourde influence punk et folk, décrassant furieusement cette énergie blues évocatrice; sous le doux nom de The Chatham Singers. Chatham est le nom de la ville où Billy est né, et singers... c'est parce qu'il nous murmure derrière sa délicieuse moustache les plaisirs de son enfance, la joyeuse solitude anglaise et le monde sous ses détours imprécis. Dans deux semaines, il aura sans doute fini ce cycle musical et commencera ses 156 toiles du mois avec une frénésie habituelle.

On parlera du parcours musical de notre cher Billy plus tard, sinon je ne mangerai jamais mes raviolis déjà trop cuits. Deux titres de Juju Claudius pour clore l'ascension.

 The Chatham Singers - The Son Of Art
 The Chatham Singers - Good Times