Legendary Pink Dots+Attrition // The terminal kaleidoscope

Je savais peu de choses de ces groupes, hollandais pour le premier, brittanique pour le second, atypiques, si ce n'est qu'ils pratiquent une musique hybride et assez cold, avant de tomber sur le site de Mecanique Populaire, label basé dans le superbe bois de Cise, à Ault, qui plus est dans mon département. J'ai alors contacté la personne gérant la structure pour finalement la rencontrer et lui acheter, donc, une réédition de Trespassers W ainsi que celle-ci, concernant donc The Legendary Pink Dots et Attrition , limitée à 500 copies et retraçant leur tournée commune de 1984.
Superbe objet au format 45 tours et au contenu à l'image de ce que dit la page de présentation de Meca: musiques bricolées, expérimentales et polymorphes. Un son cold-wave, new-wave, rock, électro, sombre, dérangé et délibérément déviant, et des ambiances dont vous ne pourrez/voudrez plus vous défaire. Ca m'évoque le meilleur de nos Kas Product cultes, duo de génie formé par Spatsz, infirmier en psychiatrie ayant viré sa blouse blanche pour s'adonner à la zik, et Mona Soyoc; c'est dire si c'est bon!
A noter que les groupe ont repris leur l'activité et tournent à nouveau, et disposent de jolis sites, pleins de surprises démentes...

Bettina Koester // Queen of noise

Pour ceux qui ne connaitraient pas Bettina Koester, petit rappel précieux: celle-ci fut, avec deux "rescapées" d'Einstürzende Neubauten première période, la fondatrice de Malaria! , formation féminine culte du rock allemand et de la scène cold/new-wave de l'époque, dans un Berlin hautement inspiré.

Depuis, Bettina a pris ses distances avec l'industrie musicale, s'adonnant à des projets "autres". Puis en 2007, l'envie lui est revenue, et de sa collaboration avec des musiciens venus de Berlin, de Vienne et du sud de l'Italie nait ce superbe album, sorte de version "réactualisée" de Malaria, entre essais au sommet (Ocean drive), électro bondissante, rock tranchant et vagues cold. Le tout sur douze titres qui à aucun moment ne faiblissent, la native d'Allemagne de l'ouest se permettant même de reprendre les Beatles en ouverture (Helter skelter, ni plus ni moins, dopé à l'électro mécanique et groovy, magistral!), puis le Velvet avec un Femme Fatale aussi poignant que l'original, doté d'un fond sonore sobre et délicat. Le cap des reprises brillamment franchi, les compositions personnelles étoffent la palette de belle manière, comme ce Crime don't pay (stupid) assez cosmique, déchiré par des riffs brefs et tranchants et perverti par un chant à la fois froid et presque sussuré, ou Fianc' a fianco qui met en valeur la magie émanant des trames sonores, prenantes à souhait, dressées par Bettina et ses acolytes. A l'image des grands, de ceux qui disposent d'assez d'audace et de talent pour engendrer un rendu dont la seule origine se trouve être leur esprit fertile et déviant, Bettina brasse, détourne, malaxe et ne recule devant rien, comme sur Regina et son électro spatiale et hachée ou ce Holy water à l'ambiance intriguante, calme en apparence mais qui exhale un certain trouble.

Plus loin, Grab me réinstaure ces séquences électro célestes, truffées de sons judicieux, puis Confession renoue avec les atmosphères poisseuses et envoûtantes dont l'Allemande a le secret, avant que Pity me ne valorise une voix chaude, sur un fond jazzy-cabaret avenant. Comportant de nombreuses références à Pier Paolo Pasolini, l'album impose ensuite un Via Pasolini vif, pas éloigné de Malaria!, complètement addictif, obsédant à l'extrême, relevé par des guitares nerveuses (l'opus décrit en ces lignes en compte une belle fournée, ce dont on se réjouit forcément), et prend fin sur Thar she blows, fin et revêtu d'un apparat sonore chatoyant.

Hybride, pouvant être assimilé à un Objet Sonore Non Identifié, ce "Queen Of Noise" bien-nommé constitue un coup de maître et marque un retour dont la matérialisation sonore risque, de par sa nature et sa valeur, son génie omniprésent, de ne trouver aucun prétendant valable sur l'échiquier international. Superbe disque, unique et définitif.

Torpen, trance electrostatique


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Les diaologues sont tirés du film Requiem For A Dream que je vous recommande fortement si vous n'avez pas déjà succombé. Anxiogène quelque part.

Valravn, transe nordique...


Avec la découverte de labels hors-normes survient souvent l'avènement de groupes animés par le même esprit et avec Prikosnovénie, label basé à Clisson, j'ai fait, après Orange Blossom il y a déjà quelques années, la "trouvaille" de formations aux albums superbes, Valravn étant de celles-ci et nous gratifiant d'un Koder pa snor inégalable qui fait suite à un premier opus éponyme lui aussi remarquable.

Entre flamboyance acoustique, chaleur de l'instrumentation et élans d'esprit rock, le tout saupoudré d'une électro-folk aux teintes médiévales superbes, de légères touches indus et j'en passe, les danois tissent des canevas musicaux de toute beauté, ne manquant pas de caractère comme les deux offerts ci-dessous. Une voix féminine proche de l'organe de Bjork magnifie le tout, sur Sjon par exemple ou l'électro-acoustique des musiciens se fond à merveille avec une voix pure et très sobre, et des plages sombres mêlées à ces embardées moyennageuses magiques produisent un effet significatif (Seersken). Le panel sonore, fruit de l'ingéniosité des intervenants, d'une inspiration omniprésente, charme sans rémission et part en certaines occasions dans des territoires soniquement inédits. Un voyage musico-géographique riche en émotions, tantôt dépouillé (Lysabild et son duo vocal remarquable étayé par un violon aigre-doux), en d'autres moments légèrement plus étoffé (Koder pa snor, le titre d'ouverture), et un groupe atypique, originaire, ce qui explique peut-être en partie le côté "pluri-ethnique" du rendu, d'endroits très différents. Danemark, Suisse, Norvège, voilà entre autres les provenances, dont le quintet semble reprendre à son compte le climat âpre pour élaborer des morceaux soufflant le chaud et le froid avec maestria.

Découverte impérative, cela va sans dire, et frissons émotionnels garantis.
A noter que l'album est dispo sur le site de Prikosnovénie, celui-ci réservant bien d'autres surprises engendrant des sensations similaires.

Covers // Eleanor Rigby


Les petits chorales évasives sont littéralement folles d'" Eleanor Rigby ", célèbre & magnifique chanson des Beatles écrite par McCartney parue sur Revolver en 1966. Pain et son métal propret défonce les violons & rentre dans le vif de la chanson, sa quintessence, sa mélodie. Hintz massacre la chanson à coup de vieux ton sarcastique, d'une atrocité surprenante, et pourtant la guitare tourne tranquillement dans son coin. Un jam un peu chiant, l'adrénaline pure d'Aretha Franklin portée par sa voix sûre & avenante (introuvable en téléchargement), un blues décortiqué aux orgues vaporeux & guitares sous wha wha par Booker T & The MG's, groupe de soul instrumentale éphémère et inventif.

Dondero High School - Eleanor Rigby
Pain - Eleanor Rigby
Christopher Hintz - Eleanor Rigby
Elevator Suite - Eleanor Rigby
Jerry Garcia Band – “Eleanor Rigby Jam” (via)
Booker T. & The MG's - Eleanor Rigby (via)

Red Space Cyrod, de chez XcRoCs

Après Cave Canem et Conger! Conger!, c'est au tour de Red Space Cyrod, duo formé par Cyrille Poumerie (Cyrod) et Jay Echeverr ia (Red Space Cadet), ceux-ci opérant par le biais d'internet (Cyrille est basé à Paris, Jay à Los Angeles) et réussissant le tour de force de composer d'irrésistibles ritournelles pop, psyché et shoegaze brumeuses, enlevées et savamment acidulées, d'avoir droit à quelques lignes ayant pour modeste objectif de décrire leur univers.

Il s'agit ici de leur second ouvrage, intitulé El Secundo! et poussant plus en avant encore le travail fourni sur l'inaugural To Telescope. Sur deux cd au format "maison", c'est à dire 8 cms, et treize titres, c'est un jeu de piste déroutant et captivant qui nous est proposé, R.S.C. s'amusant à construire, et déconstruire, des mélodies hybrides, parfois haut perchées (Suggestive), à d'autres endroits alertes et gentiment noisy (Never eat your cigaret), souvent frappées du sceau d'un shoegaze s'acoquinant avec d'autres éléments musicaux. Sur Releaser, par exemple, c'est une sorte de noisy hip-hop aux faux airs de One Inch Punch qui s'impose à l'auditeur tout en exhalant des relents psychés, et indus, bienvenus. Le brassage fonctionne à merveille et des séquences électro à la fois cotonneuses et perturbées (Communicat) apportent un plus à cet ensemble décalé et ingénieux.

Le second cd est bien évidemment du même tonneau, Basta Road, complainte planante et grinçante mettant fin au premier volet, y trouvant de dignes successeurs, comme Goodbye And Hi, exercice pop-rock concluant, porteur comme nombre d'autres de ces mélodies chatoyantes mais jamais conventionnelles quant à leur vêture sonore, ou le plutôt folk Sending My Love, sobre et presque lo-fi dans ses sonorités. Une tension parfaitement muselée relève les titres du duo et dès lors que celui-ci calme singulièrement le jeu, il en résulte un superbe morceau comme Transillusion, auquel succède Pulsation et ses griffures soniques appréciables.

En ajoutant à cette liste les deux chansons proposées ci-dessous, et les deux marquant la fin du deuxième volet (Brand Of Lettuce et son électro dépaysante, puis Raining et ses cordes majestueuses), on tient entre nos mains un objet au contenu aussi singulier et insubordonné que ce que ce label décidément incontournable peut habituellement nous donner à découvrir et à écouter. Bon voyage!

Playlist #3 // Il fait -8000


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Diantre il fait un froid de gueux on gèle on se les caille il doit bien faire -8000. Mais putain c'est noël alors on va bien pouvoir vivre ça encore un ou deux jours, avant de s'étaler dans le mousseux à la dinde sans chausser ce qu'il fallait.

Noël est une période d'inexorable merde pour la musique; on coffre tout les grands maîtres, hop jim morrison hop hop nirvana hop toute la tripotée de classiques en coffrets classieux, illustrés, légendés, visibles, écrit en gros caractères. Il y a aussi les puritaines chansons puritaines ressorties du placards par des groupes un peu indés, auxquelles on ajoute quelles cloches, un funambule et des petits christmas de temps en temps. Mais le pire, le sacré du pire; c'est Dylan. Il s'enfonce avec sa voix périmée dans l'inconfortablement niaise comptine de noël avec un orchestre coincé sur son album au nom d'une association caritative pour enfants sans machoires : Christmas In The Heart. Bien évidemment, c'est Dylan, et tout est pardonnable à Dylan, puisque c'est Dylan.

Julian Casablancas -  I Wish It Was Christmas Today
Et noël passe comme un cachet dans la soupe puisqu'il y a cette incontestable classe un cheveux rebelle un cheveux sale. Julian s'en sort donc bien & écrase l'ambulante merde de cette vague de joie.

Band Of Horses - The First Song
On pense à un vieux groupe indie sans originalité avec l'instrumentation efficace et simple, jusqu'à ce que cette voix nous possède.

The Hooves - A Hooves Christmas
Tu ne mérite rien. Si noël te fait chier autant que moi, tout ce baratin pour un truc dont on a bien oublié l'origine, rallie toi à ce caca.

Richard Hawley - Silent Night
 Richard Hawley est celui qui, si intimement, se lie avec ses auditeurs par cette douceur infinie. Ici, pas de cliché, juste une émotion pure. Magnifique reprise.

The Snowballs - Song About Christmas
Ils s'en sortent pas mal; s'en sortiraient sans doute beaucoup mieux si le chanteur savait chanter.

Et puis il y a aussi ce vieux Christmas album de Sufjan Stevens.

The Willowz // Everyone


J'ai mis du temps à savoir ce que je pensais réellement de cet album. Ayant toujours adoré chez les Willowz l'ambiance acérée & bordélique, les guitares grinçantes, la voix aigüe du moche Richie & l'atrophiée batterie qui se démène tant bien que mal dans un coin de mon oreille droite; j'ai abordé cet album avec beaucoup d'excitation. Seulement voila, problème de sauce dans les pâtes. On dirait surtout que le moche Richie a apprit à chanter; et ça me désole, puisque les guitares perdent de leur grincement, les fûts mollement martelés sont de plus en plus clairs & l'on peine à s'y perdre. Disons pour simplifier que la curieuse ambiance juvénile a été amputée depuis le dernier album; la sauce a perdu de son goût, de son piment. Cependant, les pâtes sont toujours là; ces quatre laids et leurs épouvantables chevelures qui nous crache à la gueule un "tuez du hippie" cinglant. Ces quatre effroyables pacifistes léthargiques n'oublient pas d'envoyer la pâtée habituelle, sur les même riffs discordants (une gratte à droite, une gratte à gauche, et la basse un peu à la trappe) les même tons désinvoltes où ils récitent purement leurs affolantes aventures californiennes. Et puis cette façon négligente de claquer des phrases le temps d'un soupir, de gémir en rythme sans affoler toute la chanson; source du talent & de l'ambiance papier-carton-chewing gum des Willowz. Science Of Sleeps de Michel Gondry est évidemment le film qui colle à cette mini débauche juvénile, où les Willowz sont parfaitement coincés entre une histoire d'amour tordue et les création matérielles en plastique ciseaux d'un jeune brun timide.

Ce que j'aime particulièrement chez les Willowz, c'est qu'ils ne roulent pas des mécaniques, n'essayent pas de passer leurs ondes là où l'on refuse, ne se fringuent pas dans le cliché profond (oui, doux style vintage) ; ils sont totalement dénués d'une prétention qui n'a pas lieu d'être, mis à part en ce qui concerne les petites chemises qui puent le cow-boy qui peuvent constituer une certaine recherche esthétique...

Voila, les Willowz font de la musique de moche, qui ne touche que les moches. C'est pour cela que les Willowz ont leur petite place bien rembourrée dans le rock crasseux actuel, et que leur pâté pour moches si bien aiguisé nous envoie une bonne barre à la gueule. Tu es moche, je suis moche, tu fais de la musique de moche; et comme je suis moche, j'aime ta musique de moche.

Trêves de plaisanterie, j'attends depuis trop longtemps que les Willowz s'écartent de leur trou à rat et soient enfin reconnus en France, hors champs arty; comme d'excellents rockeurs savant torturer le treble frétillant jusqu'au hurlement fanatique en y ajoutant une nasillarde déclaration d'amour toute aussi aiguisée. Everyone est bon, Everyone est excitant, mais Everyone n'est pas aussi excitant que Talk In Circles (crépitant) ou Chautauqua (très très crépitant) puisqu'Everyone reflète la maturité, la responsabilité (juste un peu, mais déjà trop). Il attache les Willowz à un poteau d'infusions post-adolescentes tout en gardant des paroles pétasses & immatures. Une boue de paradoxes crasseux. Everyone est tout de même le support de très bonnes chansons, qui n'attendent pas plusieurs écoutes pour gicler ("Jimmy James" foutraque jusqu'aux reins, mais surtout l'excellent "Everyone" dernier morceau martelé avec jouissance, refrain excellent, assez détaché le l'album). Le single injecté sur la toile il y a quelques semaines est finalement mauvais par rapport au reste de l'album, paraît morne & plat lorsqu'on le compare à "Way It Seems" aux allures changeantes & virant vers tout les bords à la fois où l'on retrouve cette fameuse façon de chanter du moche Richie. De plutôt bons morceaux finalement.

Mais ce qu'il manque cruellement à cet album, c'est une grosse injection d'insouciance. A part ça, tout y est, bien en place, bien carré, bien dégoulinant

The Willowz - Jimmy James
The Willowz - Way It Seems
The Willowz - Everyone

Oh Johnny


Crache soufflète et récupère ton centimètre carré de libre pour apercevoir la musique la vraie, celle qui te fera vibrer jusque sous les ongles.


Johnny Foreigner -Palace Fires
Johnny Foreigner - Ghost the festivals
Johnny Foreigner - Custom scenes and the parties that make them (Yardie Party remix)

Bosque Brown, oubliée derrière l'arbre qui cachait l'amérique

C'est la fin de l'année, l'heure des bilans, des listes, des contacts, des mensonges, des prévisions, des bonnes résolutions, des constats, des calculs. 2009, année brute et saccagée, violentée par des déchirures sonores vicieuses et du décoffrage ingénieux. Il est temps de couler sous la neige, de se laisser voguer sur cette douceur d'hiver sans sombrer entre les murmures agaçants de la rebelle fille rebelle de Gainsbourg. Mais plutôt virer vers l'amie mystique & reposante Mara Lee Miller, qui a parfaitement nommé son groupe Bosque Brown, nom d'un fleuve Texan d'où elle est originaire. Un melting pot d'influences souillées, du blues, du gospel, de l'americana, de la country, du folk (si le folk veut encore signifier quelque chose aujourd'hui). On s'enfonce jusqu'au cou dans ce doux marasme, ces délicieuses ambiances de cheval hippie fumé, de fausse bouse de vache et de guitares verdâtres recouvertes de mousse, dans une clarté impeccable.